La minute coach@ – Comment se prémunir des relations toxiques au travail ?

L’été approche et vous êtes bien déterminé à ce que les empêcheurs de tourner en rond ne viennent pas polluer votre énergie et votre enthousiasme !

Attention ! Le toxique peut se cacher n’importe où ! Même derrière un conjoint ou un bon ami qui, pétri de bonnes intentions, se préoccupe de votre situation professionnelle et vous donne des conseils qui ne conviennent qu’à lui, tout en vous communiquant au passage son stress. Ou derrière ce collègue qui se plaint tout le temps et donne l’impression de ne jamais pouvoir faire face à ses responsabilités.

Alors face à un comportement pénible ou inacceptable, il est clef de savoir agir vite pour y mettre fin !

Votre supérieur hiérarchique a un mot irrespectueux à votre égard en plein open space ? Un collègue vous dénigre en COMEX ? Une personne de votre équipe vous fait une remarque déplacée sur la façon dont vous travaillez ?

Comment faire savoir à la personne concernée que vous ne cautionnez pas son attitude et refusez ce type de comportements à votre égard ?

Il n’y a bien entendu pas de recette miracle pour gérer ces situations délicates. Cependant, il existe plusieurs outils dont un très efficace que je souhaite vous faire découvrir : le « triangle de Karpman », mis en évidence en 1968 par le Dr. Stephen Karpman. Le triangle de Karpman c’est un peu l’e=mc2 de la gestion de conflits.

Qu’est-ce que le triangle de Karpman ?

Il illustre schématiquement un jeu de pouvoir : c’est un scénario relationnel impliquant trois rôles différents mais intimement liés car interdépendants : le Persécuteur, le Sauveur et la Victime.  

Dans ces situations de scénario relationnel, la discussion ne s’appuie pas sur des faits mais sur la posture symbolique adoptée par chacun. Chacun endosse un rôle et adopte un comportement où les émotions prennent le contrôle.

Stephen Karpman insiste sur la nocivité « équitable » des 3 rôles. Il n’y a pas de rôle meilleur qu’un autre ou plus acceptable.

Voici un descriptif rapide des 3 rôles :

La Victime : le syndrome Caliméro

En préambule, précisons que le rôle relationnel de victime n’a rien à voir avec le statut de victime d’un accident, d’un cambriolage…
Le rôle de Victime est le plus fréquent. En effet, c’est un rôle fortement encouragé par l’éducation (on DOIT se soumettre à l’autorité sans rien dire), poussant ainsi à subir Sauveurs et Persécuteurs.
La Victime se présente comme impuissante et non responsable, elle a le sentiment que ce qui lui arrive n’est pas de sa faute, elle subit les circonstances et les personnes négatives. Elle se sent agressée, manipulée et se laisse diriger et mener contre son gré sans arriver à trouver la bonne posture pour se défendre. Elle va alors gérer la situation en attirant l’attention de tiers, en se plaignant auprès d’eux de tous les malheurs qui lui « tombent dessus ». Elle cède ainsi sa part de responsabilité dans la relation à son interlocuteur. Elle cherche inconsciemment à être prise en charge mais c’est un rôle faussement confortable : il empêche d’affronter la situation de façon adulte et révèle que la victime s’accorde moins de valeur qu’elle n’en a et qu’elle se dévalorise.

Le Persécuteur : une Cruella sans pitié

Le Persécuteur  a besoin de dominer pour se rassurer. Il construit son estime de soi aux dépens de l’autre. Pour cela, il a besoin de définir les règles, décider, diriger, donner des leçons. Il projette ses frustrations et décharge son trop plein de colère sur les autres, en les dévalorisant et en les humiliant.

C’est le rôle de l’attaquant qui menace et reproche. Il confond « puissance » et « violence ». Il ne pardonne pas le plus petit écart et n’hésite pas alors à faire des critiques destructrices, à mettre son interlocuteur en position d’infériorité, à manipuler, à culpabiliser. Insultes, menaces, harcèlement, colère peuvent faire partie de son attirail de Persécuteur.

Ce qu’il recherche en fait c’est de se faire considérer et d’être entendu. Car ne nous y trompons pas, notre Persécuteur cache lui aussi un manque de confiance en soi.

Le Sauveur : Zorro à la rescousse !

Le Sauveur se construit une image acceptable de lui-même en volant à la rescousse de la veuve et de l’orphelin avec altruisme et générosité. Plutôt sympa, à première vue, non ?
Le problème, c’est qu’en réalité, la détresse d’autrui provoque un mal être chez lui : il se sent responsable, ce qui le pousse à intervenir dans la vie d’autrui sans qu’on ne lui ait rien demandé. Plein de bonnes intentions, il se positionne en protecteur, conseiller, expert, justicier…, persuadé que l’autre n’y arrivera pas sans lui et qu’il DOIT l’aider.

Malheureusement, il y a une attitude condescendante dans ce rôle qui sous-entend que l’autre n’est pas capable de s’en sortir seul et ce comportement qui est infantilisant pour l’interlocuteur risque de provoquer une réaction négative. Notre Sauveur sera alors tout déçu devant l’absence totale de reconnaissance, ce qui peut le pousser à devenir Persécuteur ou Victime à son tour.

Ces scénarii relationnels coupent toute forme de dialogue constructif, génèrent des réactions émotionnelles fortes, des tensions et du ressentiment et peuvent attiser les conflits. Cela peut générer beaucoup de stress et engloutir des quantités d’énergie inutilement.

En entreprise, il en résulte une mauvaise performance collective et une mauvaise ambiance de travail, voire une augmentation de l’absentéisme.

Il est donc clé d’éviter ces jeux de rôles pour avoir des relations saines et constructives et gagner en égalité relationnelle, y compris avec une relation hiérarchique.

Alors que faire face à quelqu’un qui endosse un de ces 3 rôles ?

  • Si vous êtes invité à entrer dans le triangle par un Persécuteur, qui vous critique ouvertement avec des mots inappropriés, ayez en tête que son besoin est de maîtriser la situation et d’être entendu.

Vous pouvez lui dire que vous n’appréciez pas sa manière de dire les choses, que vous entendez son point de vue et lui demander pour autant de respecter et d’écouter le vôtre.  Vous pouvez aussi lui dire que vous entendez sa critique et lui renvoyer en question ce qu’il recommanderait de faire face à la situation. Il ne s’y attendra pas et au lieu de continuer à attaquer, entrera dans une dynamique de réflexion constructive.

  • Si vous êtes invité par un Sauveur, qui plein de bonnes intentions, prend votre situation professionnelle très à cœur et vous impose une série de conseils dont vous n’avez que faire, ayez en tête qu’il a besoin de reconnaissance pour le soutien qu’il offre.

Vous pouvez le remercier pour son aide et lui dire qu’à ce stade vous gérez très bien la situation et avez pris vos responsabilités. Néanmoins, si vous avez besoin d’aide à un moment dans vos démarches vous penserez à faire appel à lui.

Et s’il se trouve que vous avez un besoin identifié, profitez-en pour lui faire une demande très explicite.

  • Si vous êtes invité par une Victime, qui se plaint et vous explique qu’elle ne s’en sortira jamais sur ce dossier complexe, ayez en tête qu’elle a besoin de reprendre confiance en sa capacité d’agir :

Vous pouvez lui demander de préciser quelle est la difficulté qu’elle rencontre et ce qui pourrait l’aider à s’emparer du sujet. Veillez surtout avant d’agir à bien vérifier s’il y a une demande et laquelle. Posez-vous alors les questions suivantes : « Avez-vous les capacités et le temps de l’aider ? En avez-vous envie ? Votre interlocuteur est-il prêt à prendre sa part de responsabilité ?» Si vous répondez non à une de ces questions, vous pouvez simplement lui suggérer des pistes ou l’orienter vers quelqu’un d’autre.

Maintenant un peu d’introspection ! Savez-vous que vous aussi vous endossez ces rôles dans certaines situations ou face à certains interlocuteurs ? Nous le faisons tous et nous avons d’ailleurs souvent un rôle privilégié.

Comment assainir durablement ses relations en sortant du triangle ?

La première étape consiste à :

  • Apprendre à repérer le rôle ou les rôles que nous jouonspour pouvoir en sortir et adopter le bon comportement dans une relation.
  • Apprendre à repérer le fonctionnement habituel de nos interlocuteurs afin d’éviter de rentrer dans leur jeu.

Ensuite, cela demande une bonne dose de pratique et d’entraînement !

Voici quelques axes de réflexion et suggestions :

  • Si vous agissez en Persécuteur

Ayez en tête que ce rôle de Persécuteur vous donne l’illusion du pouvoir, l’impression de maîtriser et dominer la situation. Il vous permet de vous rassurer sur votre importance et votre compétence.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Qu’est-ce que ce besoin de pouvoir signifie ? Qu’est-ce qu’il vous apporte ? Qu’est-ce qu’il vous coûte ? A quoi vous sert le jugement ?
  • Votre colère ou votre façon d’ignorer l’autre cache un besoin : lequel ?
  • Entraînez-vous à écouter et explorer le point de vue de l’autre avant de le rejeter, en posant des questions calmement. Que se passe-t-il ?
  • Mettez-vous à la place de l’autre : quand on rejette brutalement votre opinion, comment vous sentez-vous ? Comment aimeriez-vous qu’on vous dise qu’on n’a pas le même point de vue ?

Il est donc essentiel de veiller à votre manière de faire. Il est difficile d’avoir un échange constructif en imposant son point de vue de manière péremptoire et directive. Si vous souhaitez que vos conseils et votre vision des choses soient entendus, il est important de redonner à l’autre une place dans laquelle il se sentira entendu et respecté.

  • Si vous agissez en Victime

Ce rôle permet d’attirer l’attention et la pitié des autres et de ne pas prendre ses responsabilités face à une situation. C’est une bonne excuse pour ne rien faire et ne pas changer.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Qu’est-ce qui vous fait croire que vous devez subir les situations délicates ou pénibles et que vous n’êtes pas capable d’y faire face ?
  • Repérez les expressions dans votre discours qui encouragent sauveurs et persécuteurs (justifications excessives, plaintes, culpabilité, etc.). Par quoi pouvez-vous les remplacer ?
  • Définissez et posez des limites : qu’a-t-on le droit de vous dire (et comment) ? Que n’a-t-on pas le droit de vous dire (et comment) ?
  • Dans votre rôle de victime, vous avez parfois tendance à espérer qu’un bon samaritain va vous venir en aide spontanément. Comment pouvez-vous faire des demandes claires et précises à la place ? Que se passe-t-il alors ?

La victime a besoin de renouer non seulement avec sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive, mais aussi avec la confiance en sa capacité d’agir de façon à passer davantage à l’action et arrêter de se plaindre. Au lieu de chercher à susciter la culpabilité ou la pitié chez les autres, évaluez vos belles qualités et exploitez-les pour faire face aux situations.

  • Si vous agissez en Sauveur 

Ce rôle permet de se donner l’illusion d’une image positive de soi-même, c’est un rôle gratifiant de chevalier blanc qui vient au secours des autres. Vous avez tendance à avoir besoin de jouer un rôle dans le bonheur des autres, souvent au détriment du vôtre…alors commencez par vous-même ! Avant de vous tourner vers l’autre, vous êtes-vous suffisamment occupé de vous et de vos besoins ? Car qui mieux que vous peut le faire ?

Posez-vous les questions suivantes avant d‘agir :

  • M’a-t-on fait une demande explicite ? Et là, il est important de bien faire la différence entre : « Oh la la, c’est la galère, je ne vais jamais réussir à boucler ce dossier pour vendredi » qui est une plainte et « Peux-tu m’aider à boucler ce dossier pour vendredi » qui est une demande explicite. 
  • Ai-je les capacités nécessaires pour gérer cette situation ?
  • Suis-je disponible ? Ai-je le temps ? Quelles vont être les conséquences pour moi ? Et finalement : ai-je envie de le faire ? de m’en occuper ?

Le sauveur a besoin de se réconcilier avec l’image qu’il a de lui-même. En tant que sauveur, vous êtes empathique, généreux et vous avez une grande capacité à anticiper les besoins des autres. Vous vous dites qu’en leur venant en aide, vous obtiendrez leur considération. Cependant, ça n’est pas toujours bon ni pour vous ni pour eux d’agir selon votre perception sans savoir s’ils attendent quelque chose de vous. Tant qu’une demande claire n’a pas été exprimée, ne faites rien !

Le développement de l’estime de soi, de l’affirmation de soi et de la communication assertive sont d’excellents moyens pour éviter ces jeux de rôles et se prémunir de comportements inadaptés et inefficaces. En effet, c’est la quête désespérée de reconnaissance qui pousse à endosser ces rôles.

Revenons à vous…vous êtes-vous reconnu dans un de ces rôles ? Avec qui entrez-vous dans ce type de scénario ? Avez-vous pensé à des situations vécues ? Quelles parades avez-vous trouvées pour ne pas entrer dans le triangle ?

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